Contes & Légendes

ARAK

Publié le Mis à jour le

Photographe: Lionel Chamoiseau
Modèle: Matthieu Plantier
Bodypaint: Fred Morelli
Aides pinceaux: Lionel, Elo, Ness’
DA: Elo, Ness’

Personne ne s’aventurait plus au delà de la barrière de rochers. Dans la forêt, c’était la frontière à ne pas franchir. Au delà, la lumière du soleil ne pénétrait plus, les feuilles des arbres étaient drues et touffues étouffant dans l’œuf le moindre rayon aventureux; au delà, les oiseaux ne chantaient pas, même les bêtes sauvages se terraient, le sol était sec…

Au delà était le territoire d’Arak.

Depuis des temps jugés immémoriaux, les enfants du village étaient élevés dans la crainte de cet endroit et de cette créature.

On racontait qu’Arak était avant tout un homme. Un des plus bel homme que cette contrée ait connu; Un homme heureux et chaleureux. Un homme dont tous les autres finirent par se détourner a cause de sa méchanceté. On disait qu’il n’aimait personne. Il avait aimé une femme qui était morte selon lui par la faute des gens du village – le chien enragé de l’un d’entre eux l’avait mordu. Son quotidien n’avait depuis d’autre but que de se venger d’eux: il ruinaient les champs, il volait les provisions, il effrayait femmes et enfants, il polluait l’eau des sources…

Las, les villageois en appelèrent aux Dieux et les Dieux firent ce qu’ils devaient: Protection se posta un matin devant sa porte et d’une voix tonnante lui dit: « ta méchanceté t’enlaidit l’âme et le cœur. Qu’elle t’enlaidisse aussi désormais le visage et le corps. Que dans l’obscurité tu t’établisses puisque noirs sont tes sentiments. La Beauté te reviendra quand un cœur humain de nouveau battra dans ta poitrine »

On raconte que les cieux devinrent plus noirs que la Nuit, qu’un grondement assourdissant fit taire la Nature, que le sol trembla sur ses fondations et que d’immenses rochers tombèrent sur la terre comme autant de gouttes de pluie;et que quand tout revint enfin à la normale, ne subsistait d’Arak le Magnifique qu’une immense araignée sombre et velue…

Cette histoire se transmettait de génération en génération et personne ne la remettait en doute.

Non, personne ne s’aventurait plus au delà de la barrière de rochers.

Sauf Ondée.

On raconte qu’Ondée était téméraire. Entêtée et intrépide. Les garçons même refusaient de se joindre à ses jeux et à ses cascades folles: elle leur faisait peur.

Ondée n’écoutait pas sa mère. Et elle ne craignait pas les foudres de son père. Ondée n’en faisait qu’à sa tête. Et Ondée ne croyait pas à ces histoires à dormir debout!

Ainsi, un jour, Ondée passa au delà de la barrière.

Sa torche traçait de larges trainées de lumière dans la dense obscurité. Un silence des plus effrayants se faisait entendre tout autour d’elle. Elle se dit qu’il ne devait pas y avoir plus de bruits dans une tombe… malgré elle, elle frissonna.

Son cœur bondit! Sur sa gauche le silence fut rompu par un léger frottement sur les feuilles mortes, un craquement, puis deux, puis trois… qui se rapprochaient doucement d’elle.

Elle projeta sa torche dans la direction du bruit et elle ne put réprimer un hurlement en voyant soudainement surgir devant elle, tout en pattes, l’ Araignée!

Elle voulait reculer mais ses jambes ne répondaient plus; les larmes montèrent dans ses yeux et elle ne put rien faire lorsqu’elle coulèrent sur ses joues.

La créature la contemplait sans rien faire, ses gros yeux globuleux la fixant intensément. Arak sembla un moment vaciller sur ses pattes et tout aussi soudainement qu’il était apparu, disparu dans les fourrés.

Ondée s’effondra d’un coup sur le sol. Il existait donc vraiment… elle ne put s’empêcher de se dire qu’il avait un doux regard, presque triste; elle s’étonnait aussi d’être toujours en vie.

On raconte qu’Arak était resté subjugué devant Ondée; il y avait des lustres qu’il n’avait pas vu un humain d’aussi près. Il était aussi étonné de son indéniable quoique stupide courage. Quant à sa beauté… a t-on déjà parlé de la beauté d’Ondée? Cela ne se peut. Cela se voit, cela ne se raconte pas. Et la beauté d’Ondée avait transpercé l’âme inerte d’Arak; et sa voix dans son cri avait fait ses poils se dresser; et ses larmes avaient bousculées son cœur mort.

Arak avait fuit parce qu’Arak avait eu peur. Peur de sentir le sang battre à ses tempes et circuler dans ses membres.

Au matin suivant, buvant dans l’eau d’une source cachée, Arak se découvrir une large tâche de couleur sur la face…

La légende ne dis pas pourquoi, mais la légende affirme qu’Ondée retourna dans la forêt. Elle dit qu’elle y allait chaque jour jusqu’à l’endroit où elle avait croisé Arak pour la première fois. Munie de sa torche, elle s’asseyait sur une souche et elle attendait. La légende ne dis pas pourquoi, mais la légende affirme qu’Arak toujours venait.

Et la fille et la créature restaient là à se contempler. Puis la fille parla. Puis elle chanta. Et à chaque regard la couleur venait aux joues de la bête; à chaque parole, des tâches colorées envahissaient son corps; à chaque mélodie, son sombre aspect devenait jovial.

Et un jour, Ondée tendit la main: ce doux regard l’obsédait et elle avança ses doigts tremblants; Arak ne recula pas. Et quand la fraicheur et l’innocence de sa paume touchèrent sa peau rugueuse, on raconte que les arbres s’ouvrirent et laissèrent passer le soleil, on raconte que les oiseaux lancèrent des notes joyeuses dans les airs, on dit que la barrière de rochers explosa en millions de cailloux…

On raconte que quand tout revint enfin à la normale, ne subsistait plus rien de l’obscure créature: une magnifique araignée, majestueusement éclatante, bariolée et brillant dans la lumière nouvelle était là.

De vie humaine, la plus belle araignée qu’on put voir!

Ondée rigolait, rigolait, rigolait et son rire était la plus belle musique qui eut résonné en ces lieux depuis longtemps.

Et Arak sentait battre dans sa poitrine un cœur empli d’amour.

Ainsi l’avait dit Protection: « La Beauté te reviendra quand un cœur humain de nouveau battra dans ta poitrine »

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Auteur: Audy Mat

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